Le Vendeur De Murmures Illustration Essay

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Nous avons choisi de démarrer notre tour de France par le Plateau de Millevaches d’une part pour éviter d’avoir à faire un trop grand détour plus tard pour y venir et d’autre part parce que nous y avons un ami infiltré qui pouvait nous ouvrir les portes de différentes initiatives. Et quelle terre d’initiatives habitantes ! Cette première étape a été une révélation pour nous. Combien de fois nous sommes-nous retrouver en fin de journée béats d’admiration face à ce que des gens ordinaires réalisent d’extraordinaire dans une région isolée de tout, dépeuplée, pauvre ? Que ce soit dans l’éducation populaire, le commerce de proximité, l’animation culturelle, l’assistance sociale, l’autoconstruction, l’entraide alimentaire, et on en passe, que de volontés et gens empreints de solidarité et de partage ! On dit en Bretagne, « prenez 10 musiciens, mélangez-les et vous obtenez autant de groupes », ici on pourrait dire la même chose pour des assos/collectifs/coopératives. Le Plateau de Millevaches se régénère, se métamorphose depuis une trentaine d’années pour devenir aujourd’hui une terre refuge pour ceux qui défendent des valeurs d’écologie, de solidarité, de lien au territoire et qui n’ont pas peur de se retrousser les manches.

 

 Il faut bien dire que si la région nous laisse cette impression idyllique c’est parce que nous n’avons rencontré durant ces quelques jours que des personnes investies dans ce fourmillement, le « Plateau qui se voit », qui n’est pas (encore) la majorité. Nous n’avons pas recueilli directement d’avis de gens, nombreux eux aussi, qui ne se reconnaissent pas dans ces valeurs et activités « importées », contestent cette évolution et la ressentent comme une remise en cause de leur mode de vie. Des gens qui acceptaient tant bien que mal les évolutions, reconnaissent le regain de vie que cela a apporté, mais qui, récemment, ont musclé leur discours et entrent dans une approche plus frontale avec les impulseurs de changement.

Le Plateau, une terre de résistances :

Le Plateau de Millevaches, endroit que nous n’aurions pu situer sur une carte quelques mois avant notre départ, est un territoire grand comme un demi-département à l’est du Limousin. Sur les contreforts du Massif Central, le pays est aussi celui de mille vaux. La « montagne limousine » est fortement marquée par l’enchaînement de collines verdoyantes aux rondeurs élégantes où paissent sur des terres rocailleuses vaches limousines, moutons et chèvres entre les grands domaines forestiers dominant le paysage. Si nos mollets ont éprouvé le relief nous avons eu la chance de ne pas vivre la rigueur du climat local et une grande variabilité sur la durée de la belle saison.

Carte du périmètre du Parc Naturel Régional du plateau de Millevaches, dépassant légèrement le Plateau en soi

Cette géographie inhospitalière a poussé les hommes à l’entraide et à plus de solidarité entre eux, contribuant au fil de l’histoire à créer la singularité d’un Plateau isolé mais ouvert sur l’extérieur.

Au XIXe siècle et jusqu’à la 1ère guerre mondiale, de nombreux paysans émigrent plusieurs mois par an pour mettre à profit leur talent de maçon, la pauvreté du sol ne suffisant plus à nourrir tout le monde et à assurer des revenus suffisants. Voyageant à plusieurs à pied jusque Lyon ou Paris ils se taillent une solide réputation et rapportent avec eux des idées neuves, qui vont favoriser la prise du socialisme et l’anticléricalisme sur le territoire. Le syndicalisme paysan se développe au début du XXe siècle et dans l’entre-deux guerres la majorité des communes du Plateau deviennent communistes, sous une forme spécifique, le communisme rural. La région devient terre de mission pour les prêtres-ouvriers. Dans le même esprit, le territoire fait un bon accueil aux milliers de soldats russes révolutionnaires circonscrits aux camp de la Courtine en 1917 et en 1939 aux républicains espagnols, défaits par Franco, réfugiés en France et disséminés dans la région, d’une grande aide pendant la résistance et dans le maquis. L’antimilitarisme s’inscrit en dur, en témoigne le monuments aux morts pacifiste de Gentioux, se remanifeste pendant la guerre d’Algérie.

Attirés par cette culture locale « rebelle », de « résistance » et l’ouverture d’un Plateau qui en parallèle se dépeuple fortement et offre des terres et bâtiments à bas prix, des soixante-huitards viennent s’installer dans les années 70 sur le Plateau, reprennent des terres et des exploitations. On les appelle néo-ruraux. L’immigration de néo-ruraux reprend dans les années 1990 et en continu depuis 2000, permettant de stabiliser la démographie et de poursuivre sur l’élan de dynamiques nouvelles. Ainsi, plus récemment, en particulier depuis l’affaire Tarnac, des messages sur l’espace public appelant à l’insoumission font perdurer cet esprit « rebelle ».

 
 

Un territoire sans pilote ?

  – Une forêt omniprésente et exploitée à distance

La forêt est une question importante sur le Plateau, elle revient très fréquemment dans les discussions. Plus qu’agricole le Plateau est aujourd’hui un territoire d’exploitation du bois.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le Plateau de Millevaches était surtout un paysage de lande à bruyères et de petites exploitations agricoles vivrières (maraîchage, sarrasin, petit élevage). Au tournant du XXe siècle, un groupe d’organisations, de spécialistes, d’ingénieurs, de propriétaires terriens, d’agents de l’État plaident pour un reboisement de la France, entre autres pour rattraper le retard vis-à-vis de l’Allemagne. Le Plateau de Millevaches fait partie des territoires prioritaires à reboiser. S’ajoute également la volonté des pouvoirs publics de lutter contre la désertification par la mise en place de la  »forêt paysanne ». Ce système distribue des terres aux paysans qui deviennent propriétaires de terrains qu’ils doivent planter eux-même. Ce système, dans son principe, permet une gestion du territoire par les habitants et leur donne un revenu supplémentaire. Dans la pratique, les petits propriétaires, après une génération, délèguent la gestion de leur forêt à des entreprises privées (les forestiers), sans se soucier de leur activité.

Mais cette politique va avoir de lourde conséquences. Le Plateau passe de 6 % de forêt en 1914 à 47 % en 1971 et à 52 % aujourd’hui ! La stratégie de la forêt paysanne va conduire à une gestion déléguée de la forêt. Les propriétaires laissent des entreprises privées gérer leurs parcelles. En parallèle le profil des propriétaires change, quelques grands propriétaires locaux émergent mais la propriété passe surtout à des notables extérieurs ayant à l’origine un lien au Plateau et à des banques et autres institutions. La majeure partie des plantations se fait en Douglas, pin venant de l’Oregon aux Etats-Unis à la croissance très rapide omniprésent sur le Plateau. Les entreprises sylvicoles utilisent une méthode industrielle de coupe rase des fûtaies qui impacte énormément l’environnement. L’impact sur le paysage est très fort, il passe de celui de feuillus à celui de résineux, entrecoupés de plantations intégralement dévastées par les coupes rases, laissant l’impression de champs de bataille. Cette technique industrielle, peu créatrice d’emplois en dépit des promesses, ferme les paysage, limite la biodiversité. Certains parlent d’agriculture extensive d’arbres. Les sols eux, sont appauvris par la monoculture, acidifiés par les Douglas et tassés par l’utilisation d’engins très lourds. Au point que pour replanter et poursuivre ce mode d’exploitation, les forestiers sont obligés d’utiliser des produits chimiques.

Paysage de coupe rase

Pour les communes et leurs groupements, gestionnaires des routes communales, la sylviculture industrielle, cherchant le maximum de rentabilité, grève leur budget. En effet, les grumiers, lourds camions de 47 tonnes ou plus chargés de bois, détériorent les routes aux frais du contribuable. Pour une commune que nous avons visité ces frais représentent un quart du budget de fonctionnement, et ce n’est pas un cas isolé.

Ainsi, les habitants subissent les conséquences de l’exploitation du paysage sans en tirer les fruits. On est donc passé d’un régime féodal durant le Moyen-Age à une petite propriété paysanne au XIXe siècle, puis à une économie forestière dominée par des coopératives forestières s’appuyant sur des propriétaires morcellés et distants. Un avis assez partagé sur le plateau, étayé par cet état de fait et de vieux rapports étatiques explicites, compare le Plateau à une colonie à l’intérieur même de la métropole. Le Plateau serait vu par les pouvoirs publics ‘‘comme un espace vide d’habitants, un désert qu’il s’agit de faire fructifier », vision que divers plans stratégiques actuels pérennisent. Pourtant il existe d’autres manières de gérer la forêt et sa ressource qui part aujourd’hui de plus en plus alimenter le marché chinois. La forêt envisagée aussi comme ressource énergétique locale, comme cadre de vie, comme source de diversité paysagère et biologique desservirait davantage le territoire. Pour cela des habitants du Plateau réclament une exploitation plus respectueuse de l’environnement et des hommes et des changements qui passent par une information des propriétaires de parcelles et par des mobilisations collectives.

  – La question des logements vacants

Lors de nos balades dans les bourgs du Plateau, nous avons pu constater un grand nombre de maisons en vente, vacantes, voire complètement à l’abandon. L’ampleur du phénomène fut confirmée lors de notre rencontre avec l’Arban. L’exode rural et les guerres prélèvent un lourd tribut sur la population du Plateau à l’instar d’autres régions rurales isolées. Rien qu’entre 1962 et 1982 le Plateau de Millevaches aurait perdu 22 % de sa population. L’arrivée de nouvelles populations a atténué la dynamique et réinvesti des maisons inoccupées mais il en reste encore de nombreuses vides, pouvant laisser l’impression d’un paysage d’abandon. Or, les nouveaux arrivants rencontrent souvent des difficultés pour se loger. Seulement, ces maisons de bourg vacantes sont souvent mal isolées thermiquement et phoniquement et avec des pièces parfois étriquées ne correspondent plus forcément aux standards de vie actuels. Elles impliquent toutes de lourds coûts de réhabilitation.

Ancien hôtel en entrée de bourg à Faux-la-Montagne

 

Lors d’une discussion, l’un de nos interlocuteurs faisait le lien entre la question de la forêt et des logements vacants. Comme pour la forêt les parcelles des bâtiments vacants se retrouvent souvent la propriété de multiples descendants de paysans du Plateau, qui pour beaucoup d’entre eux n’y vivent pas, ne gèrent absolument pas leur patrimoine. Pour autant ils ne vendent pas et n’y tiennent pas pour la lourdeur des procédures ou l’attachement sentimental à un bien non utilisé mais rappelant le lien au territoire. Cette situation complique l’action volontariste des communes ou l’achat par les particuliers prêts à investir dans ces bourgs. Le développement du territoire et l’animation des bourgs se trouve encore bloqué par des agents extérieurs.

Le nombre important de logements vacants s’explique par différentes raisons dont les successions à problème, l’attachement sentimental à un bien non utilisé, l’absence de désir de gérer des biens locatifs…

Nous avons donc affaire à une somme de facteurs tenant à des choix individuels (ou des refus de choix) qui ont un impact global sur ces petites communes en termes de capacité d’accueil, d’animation locale et de qualité du cadre de vie.

 

… La suite par ici

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